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Vaccins injectables |
Faut-il reconsidérer les modes d'administration des vaccins injectables ?UN CONSENSUS DONNE ACTUELLEMENT LA
PRÉFÉRENCE À LA VOIE INTRAMUSCULAIRE Michel REY, Nicole GUÉRIN Le premier vaccin de l'histoire, le vaccin antivariolique
de Jenner, fut inoculé par scarification. Cette voie d'inoculation
intradermique fut appliquée ensuite au BCG, autre vaccin vivant, administré
d'abord par scarification, puis par injection intradermique ou par
multipuncture. Mais la plupart des vaccins mis au point depuis un siècle, qu'il
s'agisse de vaccins inactivés ou de vaccins vivants, ont été injectés par
les voies sous-cutanée ou intramusculaire. Les voies muqueuses d'introduction
des vaccins, digestive (orale) et respiratoire (nasale), sont explorées depuis
longtemps. L'avantage de ces voies « naturelles » est d'éviter l'inconfort,
le coût et les risques éventuels des injections, et d'induire une immunité
locale, dite de surface. INJECTION INTRAMUSCULAIRE OU SOUS-CUTANÉE ?La voie sous-cutanée a été longtemps préférée et
recommandée en France. Elle semble avoir été consacrée par la première
vaccination de masse appliquée dans notre pays, la vaccination contre la typhoïde
administrée à nos soldats, au front, à partir de 1916. Le site d'injection était
la fosse sus-épineuse de l'épaule, plus propice à une inoculation sous-cutanée.
Ce site a d'ailleurs longtemps prévalu en France, ainsi que cette voie, pour
l'injection de la plupart des vaccins, alors que dans de nombreux pays la voie
intramusculaire avait été généralisée. Le débat opposant ces deux voies
d'inoculation s'appuie sur des arguments cliniques et
immunologiques. La réaction clinique locale, observée au cours des deux ou
trois jours qui suivent de nombreuses vaccinations (surtout par des vaccins
inertes), variable d'un sujet à l'autre, est généralement plus marquée et
plus désagréable après les injections sous-cutanées. Par ailleurs, la
réponse immunitaire peut être diminuée lorsque l'antigène est inoculé dans
le pannicule adipeux (11). SITES ET TECHNIQUES D'INJECTIONDeux préoccupations orientent le choix du site
d'injection des vaccins : ne pas léser un nerf, ne pas
injecter le vaccin dans un vaisseau. La région scapulaire (les fosses sus- et
sous-épineuses traditionnelles) est à peu près abandonnée dans notre pays
depuis une vingtaine d'années au profit de la région deltoïdienne (la partie
supéro-externe du bras, à l'union du tiers supérieur et du tiers moyen), plus
accessible et où la réaction locale, quand elle survient, est beaucoup moins
gênante. Le choix du bras gauche est bien sûr à préférer chez les
droitiers. LES RISQUES IMPUTÉS AUX ADJUVANTS À BASE DE SELS D'ALUMINELa myofasciite à macrophages a été découverte en 1997
sur des biopsies musculaires du deltoïde pratiquées chez des patients
souffrant de fatigabilité et de myalgies (4). Ultérieurement, des cristaux
d'aluminium ont été observés dans les macrophages présents dans ces lésions
histologiques. Deux hypothèses ont été avancées : ces lésions seraient-elles
en relation avec l'injection intramusculaire de vaccins avec de l'aluminium
comme adjuvant ? l'entité histologique ainsi décrite serait-elle la cause des
symptômes cliniques observés ? Une enquête a été mise en place par
l'Institut de veille sanitaire et le Groupe de recherche sur les maladies
musculaires acquises et dysimmunitaires. En un an, de mai 1999 à mai 2000, 93
cas de myofasciite à macrophages ont été recensés, essentiellement chez des
adultes, âgés en moyenne de 45 ans, souffrant depuis un ou deux ans de fatigue
et de douleurs musculaires. L'enquête menée sur les antécédents de 53 de ces
patients a retrouvé chez 87 d'entre eux des injections de vaccins avec
l'alumine comme adjuvant (contre l'hépatite B deux fois sur trois), et
pratiquées quelques années auparavant (1). AUTRE PRÉOCCUPATION, DEVENUE SANS OBJET: LE MERCURE DES CONSERVATEURSUn conservateur mercuriel, le mercurothiolate (ou merthiolate, ou thimerosal, ou thiomersal) a été souvent inclus dans certains vaccins, ainsi que dans de nombreux autres produits médicamenteux, pour prévenir les contaminations bactériennes et fongiques, à craindre plus particulièrement dans les conditionnements multidoses. II a été reconnu que ce produit est susceptible de provoquer une sensibilisation allergique (10). C'est aux États-Unis, en 1999, que le problème de la toxicité éventuelle du mercure contenu dans les vaccins du jeune enfant a été soulevé par l'Académie américaine de pédiatrie (6). L'accident survenu au Japon à Minamata avait auparavant fait découvrir des anomalies du développement neurologique foetal chez des nourrissons issus de mères ayant ingéré du mercure pendant leur grossesse. S'inspirant des résultats de plusieurs études, et considérant le faible taux sanguin de mercure, très inférieur au seuil toxique, observé chez des nourrissons ayant reçu des injections de vaccins contenant un conservateur mercuriel, l'OMS a déclaré en 2000 que le risque lié au mercure contenu dans certains vaccins était trop faible et hypothétique pour être mis en balance avec les avantages de la vaccination (8). Quoi qu'il en soit, par précaution, il a été convenu en France de supprimer le mercurothiolate de tous les vaccins administrés aux jeunes enfants, y compris les vaccins contre l'hépatite B. Seuls quelques vaccins antigrippaux en contiennent encore. CONCLUSIONLes vaccins efficaces actuellement en usage ne sont pas
complètement dénués d'effets secondaires cliniques, précoces pour les
vaccins inertes, retardés pour les vaccins vivants. Mais ces inconvénients
sont minimes en regard des avantages considérables des vaccinations. Celles-ci
ont fait spectaculairement reculer, notamment chez les enfants, des maladies
infectieuses autrefois redoutées des familles, telles la diphtérie, la
coqueluche, la rougeole, et plus récemment la méningite à H. influenzæ de
type b. Le tétanos est devenu très rare, il ne frappe plus que quelques
personnes âgées non vaccinées. Après la variole, la poliomyélite est en
voie d'éradication mondiale. AUTEURSM. Rey, Pr, prés. Société de médecine des voyages,
Paris, RÉFÉRENCES1. Bourgeade A. La myofasciite à macrophages. Sa
découverte peut-elle remettre en cause les bienfaits des nombreux vaccins
adjuvés aux sels d alumine ? Lettre Soc Med Voyages 2001; 4 : 2. L'ESSENTIEL
Le Concours Médical, 28/09/2002; tome 124-29: 1903-5 |
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